Épisode 2
Pourquoi les 13 Caisses régionales cotées du Crédit Agricole ont-elles une rentabilité aussi piteuse (3 % en 2025) ?
La semaine passée, on a vu que les 13 Caisses régionales (CR) du Crédit Agricole cotées en Bourse sont systématiquement dans les 10 % des banques européennes les moins bien classées par leur rentabilité (3 %), et les moins bien valorisées avec une décote sur leurs capitaux propres de 75 %.
75 % de décote : c’était la situation de Crédit Suisse une semaine avant sa reprise en catastrophe par UBS.
Bien sûr, les CR du Crédit Agricole ne vont pas faire faillite. Mais cela dit bien dans quel état de déréliction boursière elles se trouvent.
Pourquoi une telle situation ?
Elle résulte entièrement de la politique de rétention des résultats qu’elles mènent depuis des années.
Les banques européennes, dont Crédit Agricole SA, distribuent 50/90 % de leurs bénéfices, dès lors qu’elles n’ont pas besoin de ces capitaux pour respecter leurs ratios prudentiels (CET1) ou développer leurs activités.
Les CR cotées n’en distribuent en réalité, elles, que moins de 10 % alors même que leurs encours pondérés de crédits sont stagnants depuis des années.
En effet, alors que la plupart des banques européennes opèrent avec des ratios CET1 de 12/15 %, les 13 CR cotées sont à 26 %.
Autrement dit, elles mobilisent 2 fois plus de capitaux propres qu’elles n’en ont réglementairement besoin, et 2 fois plus que leurs concurrents n’en ont besoin pour prêter les mêmes sommes aux clients.
Que deviennent ces excédents de capitaux propres ?
Ils ne sont pas prêtés à la clientèle. Ils sont placés sur le marché monétaire, dépriment la rentabilité des CR et donc leur valeur, puisque cette partie de leurs capitaux propres rapporte structurellement nettement moins que leur coût du capital.
Depuis 2013, les CR cotées ont ainsi réinvesti 31 Md€ de profits. Mais cette rétention massive n’a entraîné qu’une hausse de 8 Md€ de la valeur de leurs capitaux propres.
Autrement dit, 23 Md€ de valeur ont été détruits, soit plus que la capitalisation boursière de toutes les valeurs moyennes cotées à Paris !
Exemple : la CR de Loire Haute Loire.
Son ratio CET1 est à 34 %.
Elle pourrait ainsi accorder 3 fois plus de crédits qu’elle ne le fait, tout en respectant les contraintes prudentielles de la BCE. Si elle ne le fait pas, c’est qu’elle ne trouve pas assez de crédits à accorder par rapport aux capitaux propres qu’elle accumule indéfiniment.
Il suffit de regarder la Banque Populaire Auvergne Rhône Alpes qui, dans la même région, pour un même € de capitaux propres, accorde 2 fois plus de crédits (CET1 à 17 %), pour se rendre compte que la CR de Loire Haute Loire pourrait réduire ses capitaux propres prudentiels de 50% pour se mettre au niveau de ses concurrents mutualistes, et continuer à se porter comme un charme.
Pourquoi ne le fait-elle pas ? C’est ce que nous verrons samedi prochain.