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Le Crédit Agricole devrait tourner la page [ep3]

Épisode 3

Capital stérilisé, économie pénalisée

La semaine passée, nous avons vu que les Caisses régionales (CR) du Crédit Agricole cotées en Bourse opèrent avec deux fois plus de capitaux propres que nécessaire ; et 50 % de plus que leurs homologues mutualistes. 

Ces capitaux propres excédentaires, au lieu d’être rendus aux investisseurs comme les autres banques cotées le font systématiquement, sont placés sur le marché monétaire. Conséquences :

  • très faibles rentabilités des CR cotées (3 % en 2025) 
  • décote massive qui frappe la valeur de leurs capitaux propres (75 %)

Mais pourquoi accumulent-elles sans fin des capitaux propres qui pourraient être mieux utilisés ailleurs ? 

Pour deux raisons. 

  1. Un soutien implicite à CASA 

Une partie des excédents de capitaux propres des CR sert à compenser l’insuffisance en capitaux propres réglementaires de Crédit Agricole SA (CASA), la 14ème structure cotée du groupe (ratio CET1 à 11,8 %), inférieur à celui de certains concurrents (ex : Société Générale à 13,5 %).

Les CR font donc bénéficier prudentiellement CASA de leurs excédents de capitaux propres, car la BCE raisonne en consolidé pour tout le groupe Crédit Agricole. CASA évite ainsi de devoir faire une augmentation de capital qui serait dilutive de sa rentabilité, et donc de sa valeur.

Mais CASA ne rémunère pas les CR pour bénéficier par capillarité de leurs capitaux propres excédentaires. Ce qui ne poserait pas de problème s’il n’y avait pas d’investisseurs minoritaires dans ces 13 CR cotées. Mais il y a des investisseurs minoritaires puisque ces 13 CR ont choisi d’être cotées en Bourse.

  1. Un biais culturel mutualiste 

Dans un groupe mutualiste, verser des dividendes est un gros mot. Ce qui n’empêche pas CASA, contrôlé à 63 % par les CR, de reverser en dividendes 50 % de ses résultats, tout en se développant. CASA est une SA, pas une société mutualiste.

Mais le vrai coût est ailleurs : dans l’économie réelle. 

Il n’y a pas que les investisseurs minoritaires des 13 CR qui sont lésés. Il y a aussi toute l’économie française. 

Aujourd’hui, ces excédents sont placés sur le marché monétaire.

Si les CR cotées reversaient leurs capitaux propres excédentaires au-delà de ce qui est requis pour couvrir l’insuffisance en capitaux propres de CASA et adopter le même ratio CET1 que leurs confrères mutualistes, les fonds en question seraient réinvestis en actions par les actuels détenteurs des CCI qui investissent dans des entreprises de taille moyenne. 

Ainsi ~9 Md€ pourraient être réinjectés dans l’économie française.

Pour situer :

  • c’est 2 fois les investissements des fonds de private equity venture & growth en France en 2024
  • ou 50 % de la capitalisation d’Euronext Growth, le segment des PME et ETI de la Bourse de Paris.

Comme le disait si bien Philippe Brassac, ancien DG de CASA : « Les fonds propres que nous mettons dans le prudentiel, nous ne les mettons pas dans le financement de l’économie ».