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Le Crédit Agricole devrait tourner la page [ep16] L’impossible statu quo 

Le problème des 13 Caisses régionales cotées du Crédit Agricole (CR) est celui l’embarras de richesse. 

Il conduit à :

  • des destructions de valeur massives (20 Md€ depuis 2012) 
  • une mauvaise allocation du capital qui pénalise l’économie française 
  • des décotes qui ne font que monter (70 %), record européen
  • des rentabilités pitoyables (3 %) qui ne s’inverseront pas en continuant la politique de placement des capitaux propres excédentaires sur le marché monétaire. 

Le bon sens a déjà commencé à œuvrer. En témoignent les rachats frénétiques de CCI en Bourse, au maximum des possibilités légales par certaines des CR. Tôt ou tard, les dirigeants du Crédit Agricole qui partagent ces idées finiront par convaincre le reste de leurs collègues que le statu quo va coûter de plus en plus cher et n’est pas tenable.

Et l’Association Nationale de Défense des Porteurs de CCI du Crédit Agricole sait que la pédagogie est l’art de la répétition.

Les 13 CR sont confrontées à une alternative.

Jouer les règles du jeu boursier

À l’exception des 13 CR cotées, la totalité des entreprises cotées en Bourse qui ont structurellement des capitaux propres excédentaires par rapport à leurs besoins les restituent via des dividendes ou des rachats d’actions. À charge alors pour les investisseurs de trouver de nouveaux supports d’investissements, ou d’apporter ces capitaux propres à des entreprises qui en ont besoin pour financer leur croissance.


Si les 13 CR souhaitent demeurer cotées tout en faisant disparaître la décote croissante qui frappe leurs cours depuis 2000, et en cessant d’afficher une rentabilité de leurs capitaux propres famélique, elles devraient :

  • Verser un dividende exceptionnel afin de ramener l’actuel CET1 moyen de 26 %, à son niveau de 2016 (17 %) après le rachat de 25 % de leur capital à 3 fois le cours de Bourse au profit de CASA.
  • Verser un dividende annuel correspondant aux capitaux propres générés chaque année au-delà d’un ratio CET1 à 17 %. Vu la stagnation des encours pondérés de crédits (+0,5 % par an depuis 2012), ceci conduirait à un taux de distribution proche de 100 %. Un tel taux n’a rien d’infamant, c’est celui d’Intesa SanPaolo et d’Unicredit qui, chacune, valent plus que la somme de CASA et de la Société Générale.

Sortir de Bourse

À défaut de respecter la pratique boursière, les 13 CR devraient suivre leurs 2 consœurs qui sont sorties de Bourse en 2009 via un remboursement des CCI. 

Le prix a peu de chances de s’éloigner du 105 % des capitaux propres obtenu par CASA en 2016, d’autant que les experts indépendants qui seront nommés devront donner leur accord.

L’opération se monterait à 9,3 Md€. 

Le ratio CET 1 du groupe, le seul scruté par la BCE, passerait de 17,1 % à 15,8 %, bien au-dessus de celui de BNP Paribas (12,8 %) par exemple, tant les excédents de capitaux propres sont plantureux.  Le CET1 moyen des 13 CR cotées passerait de son côté de 26 % à 18 %. Un non-sujet prudentiel.

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Le Crédit Agricole devrait tourner la page [ep15] 3 devinettes financières élémentaires

Vous êtes DG d’une des 13 Caisses régionales (CR) du Crédit Agricole cotées en Bourse.

Première devinette

Vos encours de crédits moyens pondérés progressent de 0,5% par an (moyenne sur 15 ans). Comme la rentabilité de vos capitaux propres est de 3% et que vous versez 9% de vos résultats en dividendes, comment va évoluer votre ratio prudentiel CET1 ?

Il monte mécaniquement.

Le numérateur progresse de 3% × (1-9%) = 2,7% par an.
Le dénominateur progresse de 0,5%.

Résultat : depuis 2012, le CET1 des 13 CR cotées est passé de 18% à 26%, alors même qu’elles ont racheté 25% de leur capital à CASA, et 10% supplémentaires par des rachats en Bourse.

Leur seule perspective est donc de continuer à accumuler des capitaux propres sur-excédentaires dont elles n’ont pas l’usage comme elles le démontrent chaque année :

·      La croissance externe en banque de détail en France est pratiquement exclue, compte tenu de leurs parts de marché comprises entre 30 % et 35 %.

·      Le développement international relève de CASA. S’en affranchir remettrait en cause l’équilibre du groupe et créerait une nouvelle catégorie d’actionnaires mécontents : ceux de CASA.

·      Des investissements de diversification à grande échelle (santé, immobilier, énergies nouvelles) nécessiteraient une modification de l’objet social des CR, que les porteurs de CCI peuvent bloquer.

·      La sortie de cote de CASA coûterait de l’ordre de 25 Md€, et réduirait le CET1 du groupe à 13,5%, soit un niveau bas pour un groupe mutualiste qui perdrait son accès au marché boursier. BPCE est à 16,5%.

Seconde devinette

Vous croulez sous les capitaux propres excédentaires que vous placez, bien loin de vos territoires, sur le marché monétaire à 2%. D’un autre côté, une fraction de vos capitaux propres est détenue par des non mutualistes et dont la valeur croît de 7% l’an du fait principalement de la revalorisation de votre principal actif (CASA). Que ferez-vous tôt ou tard ?

Vous les rachetez et empochez la différence entre une rentabilité marginale à 2 % et un coût marginal à 7%. Accessoirement, les porteurs de CCI commençant à s’agiter sérieusement et à mettre en évidence des comportements indignes d’un des fleurons de la finance européenne, ils cesseront de vous faire honte sur la place publique.

Troisième devinette

Vous savez inéluctable le rachat tôt ou tard des CCI à 105% des capitaux propres comme en a bénéficié CASA. Que faites-vous, alors qu’ils cotent actuellement à 30% des capitaux propres, avant que l’unanimité des 13 DG requise pour agir soit atteinte ?

Vous en rachetez le maximum possible. Tout ce qui est racheté à 30% aujourd’hui ne le sera pas demain à 105%. C’est ce qu’a bien compris la nouvelle DG de la CR Atlantique Vendée qui vient de réactiver le programme de rachat de CCI laissé en jachère par son prédécesseur.

Élémentaire mon cher Watson.

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Le Crédit Agricole devrait tourner la page [ep14] Le Crédit Agricole est-il fier d’être l’émetteur des titres bancaires les plus décotés d’Europe ?

Épisode 14

On se rappelle que Crédit Agricole SA avait cru de bonne gouvernance de se faire racheter ses CCI par leurs émetteurs, les Caisses régionales (CR) qui sont ses actionnaires de référence, à 3 fois leur cours de Bourse sans qu’une offre comparable ne soit faite aux autres porteurs.

Lasse d’attendre une offre similaire pour les autres porteurs de CCI qui avait été évoquée, Colette Neuville avait porté l’affaire devant les tribunaux.  Fin juin 2024, la cour d’appel d’Amiens, dont nous avons rappelé qu’elle ignorait la différence entre un porteur de titre et un titre au porteur, déboute les plaignants, leur laissant jusqu’au 27 juin 2026 pour se pourvoir en cassation.

Je convaincs alors C. Neuville et les autres plaignants qu’après 8 ans de procédures, ils peuvent prendre le risque de faire confiance à la parole du DGA de la FNCFA qui m’avait indiqué le 19 janvier 2024 que « L’arrêt des procédures judiciaires ouvrirait une période de réflexion et d’action potentielles ».

Sur cette base, les plaignants arrêtent leurs procédures judiciaires en se désistant définitivement de leurs actions devant la cour d’Aix-en-Provence (fin 2024).

Parallèlement, ils ne se pourvoient pas en cassation du jugement d’Amiens pouvant le faire jusqu’à aujourd’hui 27 juin 2026. De son côté, le Crédit Agricole ne leur signifie pas officiellement le jugement qui aurait alors réduit à 2 mois le délai des plaignants pour se pourvoir en cassation. S’ouvre alors de facto une période d’arrêt des procédures judiciaires de 18 mois entre la fin 2024 et ces derniers jours.

Qu’a fait le Crédit Agricole de cette période ?

En apparence rien.

Peut-être a-t-il poursuivi un travail de recherche du consensus en interne pour trouver une solution à ce problème d’embarras de richesse. Nul en effet, même le premier prêteur à l’économie française, ne peut continuer d’accumuler avec régularité des sur-excédents de capitaux propres privant, en 2026, l’économie française de 9 Md€ de capitaux propres ou de 53 Md€ de crédits alors que les besoins d’investissements sont criants.

Un élément mérite d’être souligné : en février 2025, mon interlocuteur à la FNCA est nommé DGA de la CR du Nord de France. 15 jours après son arrivée, celle-ci se met à racheter le maximum de CCI qu’elle peut réglementairement acquérir : 6,4 % des CCI en 15 mois. Avant son arrivée, elle ne faisait que de sporadiques rachats : 0,1 % des CCI en circulation par an, soit 50 fois moins.  Et d’autres CR initient (Loire Haute Loire, Normandie Seine, etc.) ou accélèrent (Brie Picardie, etc.) leurs rachats de CCI.

Comme je l’expliquerai en détail dans mon prochain billet, voilà quelqu’un qui a tout compris, en rachetant avec une décote de 75 %, les titres bancaires les plus décotés d’Europe qui sont loin de constituer la meilleure vitrine du Crédit Agricole.

Tagger, si pas assez de place tant pis on ne les mettra pas tous, les mettre dans cet ordre

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Le Crédit Agricole devrait tourner la page [ep13] 9 Md€ de capitaux propres sur-excédentaires : Est-ce encore de la bonne gestion ? 

Épisode 13

C’est la question qui m’a conduit à devenir actif sur les CCI des 13 Caisses régionales (CR) cotées du Crédit Agricole ; d’abord derrière des portes closes, puis publiquement. Pour expliquer que la thésaurisation continue de sur-excédents de capitaux propres de 9 Md€ actuellement, prive l’économie française de :

  • 9 Md€ de capitaux propres qui pourraient être bien mieux alloués qu’ils ne le sont aujourd’hui,
  • ou de 53 Md€ de nouveaux crédits avec un ratio CET1 de 17 %.

Ces 13 CR étant cotées en Bourse, leurs déficiences de gouvernance pénalisent les centaines de milliers de français détenteurs de CCI, souvent depuis des lustres, et dont les cours ne reflètent pas la situation.

Le 5 septembre 2023, j’ai rencontré le DG Délégué de Crédit Agricole SA, en charge de la liquidité et de la solvabilité du groupe, à qui j’avais transmis préalablement une note d’analyse et de propositions, reproduite sur le site de l’Association Nationale de Défense des Porteurs de CCI. 

Il m’a indiqué qu’il n’avait pas d’objection à ce que les CR mettent en œuvre mes préconisations :

  • le versement d’un dividende exceptionnel permettant de ramener leur ratio CET1 au niveau déjà copieux de 17 %, 
  • à défaut le rachat des CCI et la sortie de Bourse. 

La décision ne lui appartenant pas, mais aux dirigeants des CR, il m’a mis en relation avec le DGA de la FNCA chargé de coordonner le dossier pour le compte des CR.

Celui-ci m’a reçu le 21 novembre 2023 et m’a indiqué que tant que les procédures judiciaires de Colette Neuville seraient en cours, il serait difficile d’avancer sur le dossier. 

J’ai alors échangé avec Colette Neuville et les principaux plaignants, et ai revu le 19 janvier 2024 mon interlocuteur de la FNCA. Je lui ai indiqué que les plaignants étaient disposés à se désister de toutes leurs procédures si les CR publiaient un communiqué prenant note de ce désistement et annonçant une réflexion stratégique concernant l’avenir de la cotation boursière des CCI. 

Il m’a répondu préférer attendre le jugement de la cour d’appel d’Amiens en juin 2024. Il a toutefois précisé, dans une formule visiblement préparée, que « l’arrêt des procédures judiciaires ouvrirait une phase de réflexions et d’actions potentielles ».

J’ai ensuite adressé aux 13 DG des CR cotées une note ad hoc exposant mon analyse de la situation et des évolutions envisageables, notes qui sont disponibles sur le site de l’ANDP-CCI, en leur demandant rendez-vous. 

En violation des recommandations de Paris Europlace (dont le Crédit Agricole est membre) en matière de dialogue entre les émetteurs et les investisseurs, tous ont refusé de me recevoir. 

Je leur ai alors indiqué que ce refus ne ferait pas disparaître le problème et que mes réflexions pourraient leur être utiles. J’ai alors eu des retours inattendus qui m’ont montré que certains DG de CR partagent mon avis.

À la semaine prochaine pour la suite.

Tagger, si pas assez de place tant pis on ne les mettra pas tous, les mettre dans cet ordre

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Le Crédit Agricole devrait tourner la page [ep12] Titres au porteur = porteur de titres ?

Épisode 12

Le magazine Challenges rappelait ce jeudi que « Le Crédit Agricole (est) empoisonné par ses CCI ». Ceci remonte à 2016 quand Crédit Agricole SA (CASA) avait trouvé normal de faire racheter par les Caisses régionales (CR), ses maisons-mères, les CCI émises par ces dernières et qu’il détenait, à 3 fois le cours de Bourse, en laissant les minoritaires au bord du chemin.

Estimant cette différence de traitement injuste, des centaines de porteurs mandatent par centaines Colette Neuville pour défendre leurs intérêts. Elle rencontre alors X. Musca, le n° 2 de CASA qui lui tient un discours de temporisation : il n’était pas possible de racheter les CCI cotées car la solvabilité du groupe aurait été trop affaiblie, mais patience, le tour des minoritaires viendra.

Ne voyant rien venir, C. Neuville engage une procédure judiciaire afin d’obtenir pour les minoritaires le même traitement que celui que CASA a obtenu des CR : le rachat des CCI cotés à 105 % des capitaux propres. C. Neuville fonde sa demande sur la loi de 1947 qui a créé les CCI, et qui leur reconnaît un droit sur l’actif net. Droit exercé par CASA en 2016 pour obtenir son rachat à 3 fois le cours de Bourse. Déboutée en première instance, elle fait appel. Le 14 mars 2024, à Amiens, a lieu l’audience publique. 

Après l’examen d’un litige à 30 000 € entre AXA et un restaurateur, lié au Covid, les 3 magistrates examinent le dossier des CCI qui porte sur quelques milliards. Elles ne vont poser que 2 questions : 

·      Comment fait-on en France pour passer un ordre de Bourse ? 

·      Quelle est la différence entre un titre au porteur et un porteur de titres ? 

Ne pas connaître la différence entre un porteur de titres et un titre au porteur pour un magistrat ayant à juger d’une affaire de droit financier est proprement ahurissant.

Comprenant la compétence financière limitée des juges, l’avocat des CR n’hésite pas à affirmer que le rachat des CCI menace la solvabilité du Groupe Crédit Agricole et que la BCE s’en émeut ! La vérité est qu’un rachat de tous les CCI à 105 % réduirait le ratio CET1 du Groupe Crédit Agricole de 17,1 % à 15,8 %, bien au-dessus de celui de BNP Paribas (12,8 %) ou de la Société Générale (13,5 %), tant ses sur-excédents de capitaux propres sont plantureux.

En juin 2024, la cour d’appel d’Amiens déboute C. Neuville et les plaignants (dont je ne suis pas). Ils vont se pourvoir en cassation dans les prochains jours.

Parallèlement, Me Julien Visconti, connu notamment pour avoir obtenu l’annulation par la Cour d’appel de Paris de la décision de l’AMF relative à la scission de Vivendi, a engagé plusieurs procédures :

·      Une première contre la CR d’Ille-et-Vilaine qui a violé le contrat d’émission des CCI en ne maintenant pas la parité parts sociales / CCI. 

·      Une seconde pour abus de majorité contre la CR Loire-Haute Loire, championne de l’accumulation des capitaux propres sur-excédentaires (CET1 de 34,2 %).

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Le Crédit Agricole devrait tourner la page [ep11]

Épisode 11

Se faire racheter ses CCI à 3 fois leur cours de Bourse ???

En 2000, les certificats coopératifs d’investissement (CCI) des Caisses régionales du Crédit Agricole (CR) se négociaient autour de leur valeur comptable, certaines Caisses (Ile-de-France, Brie, Normandie Seine, Nord de France, Loire Haute-Loire, Languedoc, Toulouse) affichant même une prime.

Deux événements ont ensuite fait apparaître une décote par rapport aux capitaux propres, qui atteint aujourd’hui 70 %. 

  1. Tout d’abord, en 2001, l’introduction en Bourse de Crédit Agricole SA (CASA), l’organe central du groupe, ne s’est pas accompagnée du retrait de la cote des CR, comme cela aurait dû être logique, d’autant que pour faciliter sa propre cotation, CASA a pris 25 % du capital des CR via des CCI. Ainsi CASA, membre du CAC 40 et largement liquide, est entrée en concurrence avec la cotation des CR, et le match a été rapidement plié par les investisseurs qui ont logiquement préféré CASA. Une décote structurelle par rapport aux capitaux propres comptables des CCI est alors apparue. 

2.        Dans le même temps, la croissance des encours moyens pondérés (les prêts) a ralenti puis stagné depuis 2012. Les capitaux propres sur-excédentaires se sont accumulés à ne plus en finir, entraînant, avec les surprovisionnements, la chute des rentabilités.

En 2016, CASA a souhaité supprimer la boucle d’autocontrôle qui voyait les CR détenir 57 % de CASA et CASA détenir 25 % des CR.

Pour ce faire, les CR ont racheté à CASA les CCI qu’elle détenait chez elles.

Le prix ? 105 % des capitaux propres consolidés. Un prix qui n’a rien de choquant : il est comparable à celui observé lors de plusieurs retraits de cote dans le secteur bancaire (Crédit Mutuel pour sortir de la cote le CIC, Société Générale pour la banque Tarneaud, Banques Populaires et Caisses d’Épargne pour racheter leurs certificats d’investissement à Natixis, etc…).

Mais au moment de l’opération, les CCI cotés en Bourse s’échangeaient autour du tiers des capitaux propres ! Oui vous avez bien lu, CASA a pu céder ses CCI dans les CR à 3 fois le cours de Bourse ! Et ceci béni par des experts indépendants, tant pour les CR que pour CASA, mais dont les rapports n’ont jamais été rendus publics…

Ce qui est indigne d’un des fleurons européens de la finance, c’est que la filiale CASA obtienne de ses maisons-mères, les CR, le rachat de ses CCI à 3 fois le cours de Bourse, sans que les autres porteurs de CCI qui avaient aidé les CR à financer le rachat de CASA bénéficient d’une offre équivalente. Les actionnaires minoritaires, furieux, ont contesté l’opération. Saisie, l’AMF a estimé qu’elle ne pouvait rien faire, le droit boursier ne s’appliquant pas à ses yeux aux CCI. Elle confirmait ainsi que les CCI étaient vraiment des fossiles de la cote.

A alors commencé l’une des plus longues batailles judiciaires du monde des affaires, toujours en cours 10 ans après, et l’une des moins connues.

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Le Crédit Agricole devrait tourner la page [ep10]

Épisode 10

Les 3 leçons de l’AG du Crédit Agricole SA

L’AG de Crédit Agricole SA (CASA) a confirmé 3 points :

1. Vive le prix par rapport à l’actif net

Interrogé par un actionnaire sur la sous-performance boursière de CASA par rapport à ses concurrents, le DG de CASA a répondu : « Ce qui est important d’avoir en tête, c’est finalement le prix par rapport à l’actif net et pas l’évolution du cours ; et si on regarde le prix par rapport à l’actif net, CASA est la banque la mieux appréciée par le marché ». Les 13 Caisses régionales (CR) cotées du Crédit Agricole étant les dernières du classement des 191 banques européennes cotées, avec un cours de 0,25 fois l’actif net, leurs 13 DG, assis au premier rang, ont eu un excellent cours de finance.

2. Une solvabilité excellente au prix d’une gouvernance cynique

Le DG de CASA a réaffirmé que « CASA n’a pas vocation à accumuler du capital à son niveau ». En effet, ce rôle est confié aux CR ! Avec un ratio CET1 de 11,4%, contre 13,5% pour la Société Générale, CASA affiche un niveau de fonds propres inférieur à celui de ses pairs et donc une rentabilité des capitaux propres artificiellement gonflée. Heureusement pour CASA, la BCE a accepté de compter les pléthoriques sur-excédents de capitaux propres des CR dans son appréciation de la solvabilité de CASA.

Mais c’est la gouvernance qui est ainsi atteinte. En effet, ces capitaux propres des CR qui amènent la solvabilité de CASA largement au-dessus de celle de ses pairs (CET1 de 17,1%) ne rapportent aux CR que le taux du marché monétaire et non le taux de rentabilité des capitaux propres de CASA.  Rien que sur ce point, c’est de l’ordre de 20% de leurs profits annuels qui est ainsi confisqué.

S’il n’y avait pas des tiers au capital des CR, ceci serait sans conséquence. Mais il y a les porteurs de CCI, ainsi lésés en toute connaissance de cause par CASA, qui se présente pourtant comme le champion de l’ESG, oubliant que l’ESG concerne aussi la Gouvernance.

3. Un sur-provisionnement massif dans les CR

Selon son directeur général, les provisions de CASA représentent environ 1,5 année de coût du risque.

La directrice financière, en élargissant au niveau de tout le groupe, soit CASA et les CR, a chiffré les provisions à 3 années de coût du risque.

Les CR représentent :

  • 37% des encours pondérés du groupe
  • et 57% du stock total de provisions alors qu’elles ont un coût du risque très inférieur à celui de CASA (0,22 % contre 0,35 % des encours) …

C’est dire le niveau de sur-provisionnement dans les CR !

Sont ainsi lésés :

  • les porteurs de CCI,
  • les salariés : moins de participation et d’intéressement,
  • la Société, c’est-à-dire nous tous : moins d’impôts collectés, du capital excédentaire très mal alloué induisant moins d’investissements et moins d’emplois.

Tout ceci est indigne d’un des fleurons européens de la finance.

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Le Crédit Agricole devrait tourner la page [ep9]

Épisodes 9

Qui spécule sur le cours des CCI du Crédit Agricole ?

Les Caisses régionales (CR) cotées elles-mêmes. Elles sont devenues, et de loin, les premiers acheteurs de CCI.

1.        Brie Picardie fait 29% des volumes de transactions depuis le 1er janvier 2026 en acquérant des CCI sur un marché étroit en vue de les annuler. Depuis, son cours a flambé de 24%, contre 0 % pour les indices boursiers.

2.        Normandie-Seine, qui n’avait jamais racheté un CCI avant novembre 2025, a réalisé 24% des transactions de 2026 à elle-seule. Son cours a bondi de 25%.

3.        Nord de France qui, jusqu’en mars 2025 achetait chaque année 0,1% des CCI en circulation, en a acheté 6% depuis avril 2025. Sur les 14 derniers mois, elle représente à elle seule 23 % des échanges contre 1% avant avril 2025. Son cours a pris 71% depuis.

4.        Etc.

On peut comprendre que les CR ne soient pas ravies des travaux de l’Association Nationale de Défense des Porteurs de CCI du Crédit Agricole. En effet, les analyses que nous donnons au marché permettent aux porteurs de CCI (salariés, clients, investisseurs) de mieux comprendre la situation, et donc de ne pas brader leurs CCI. 

Nous éclairons, avec des arguments rationnels, une situation caricaturale.

De ce fait, les CR paient plus cher pour les CCI qu’elles acquièrent. 

« Plus cher » étant toutefois très relatif, pour 2 raisons :

1.        Quand un CCI décote de 80% sur son actif net et que son cours progresse de 70%, il décote encore de 69% (avec une progression de 10% de l’actif net comme observé en 2025). Pas intuitif, mais implacable.

2.        Depuis 25 ans, les CR cotées du Crédit Agricole poussent elles-mêmes à la baisse, par leur politique financière, le cours des CCI. En effet, ces 13 Caisses ne cessent d’accroître leurs capitaux propres en raison d’un taux de distribution de leurs résultats inférieur à 10%, alors que leurs besoins en nouveaux capitaux propres sont inexistants du fait d’une stagnation des encours de crédits. Faut-il rappeler que LCL, dans le même groupe, distribue 89% de ses résultats ? 

Donc les capitaux propres s’accumulent, sans d’autre usage que des placements sur le marché monétaire, comme en témoigne un ratio CET 1 de 50% supérieur à celui des CR des Banques Populaires (26% contre 17%). Ces placements à un taux bien inférieur au coût du capital dépriment la valeur des CCI, comme en témoignent leurs PBR (autour de 0,25) et leur rentabilité (2 à 3 %), les plus bas des 191 banques européennes cotées.

Ensuite les 13 CR peuvent racheter auprès de leurs salariés, clients ou investisseurs, qui leur ont fait confiance, des CCI avec une décote moyenne de 75 %. 

Dans le même temps, les CR non cotées, qui ont émis un produit identique (CCA), les rachètent avec une décote de 20 %.

Qui sont les spéculateurs selon vous ? les CR cotées qui ramassent discrètement des actifs à 25% de leur valeur ? ou les investisseurs qui subissent un actif avec 75% de décote ? 

Tout ceci est indigne d’un des fleurons européens de la finance.

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Le Crédit Agricole devrait tourner la page [ep8]

Épisode 8

L’archaïsme du certificat coopératif d’investissement des Caisses régionales (CR) cotées du Crédit Agricole

Nous avons vu à l’épisode 4 que les certificats coopératifs d’investissement (CCI) avaient été émis par les Caisses régionales (CR) du Crédit Agricole à la fin des années 1980 pour financer l’acquisition ce qui allait devenir Crédit Agricole SA (CASA), aujourd’hui membre du CAC 40. 

À l’époque, d’autres groupes disposaient aussi de titres cotés sans droit de vote : Legrand, Sagem … avec des actions sans droit de vote ; Havas, Société Générale, Bouygues, Paribas, L’Oréal, BNP, Taittinger, Promodès, Eridiana Béghin Say, Groupe du Louvre… avec des certificats d’investissement. 

Mais tous ont progressivement disparu : rachetés ou convertis en actions ordinaires, faute d’intérêt des investisseurs. 

Seuls restent en Bourse les certificats d’investissement de Robertet et les 13 CCI émis par 13 des 39 CR du Crédit Agricole.

Et on ne peut pas dire que ces 13 CR cotées fassent le moindre effort, attendu normalement d’un émetteur d’un produit coté en Bourse capitalisant entre 100 M€ et 1 Md€.

Quelques exemples :

  1. Aucun suivi par des analystes financiers, même par de la recherche sponsorisée.
  2. Aucune réunion d’information pour les détenteurs de CCI.
  3. Refus systématique de recevoir les porteurs de CCI, en contradiction avec les recommandations de Paris Europlace, dont le Crédit Agricole est pourtant membre.
  4. Dividende calculé sur le résultat social (30 %) et non sur le résultat consolidé, contrairement à la pratique universelle des sociétés cotées, sauf pour les 13 CR cotées du Crédit Agricole qui s’obstinent dans une pratique abandonnée il y a plus de 50 ans. Habitude qui les arrange bien, puisque le résultat consolidé est le plus souvent, malgré des normes comptables différentes (IFRS et françaises), supérieur au résultat social. Donc moins de dividendes à verser.
  5. Violation systématique du principe de bonne information, car les rapports annuels pourtant copieux, entre 500 à 700 pages chacun, ne contiennent pas plus de 2 lignes sur 3 des 4 actifs des CR qui représentent pourtant entre 75 et 90 % de leur valeur :
  • la participation de 63,5 % dans CASA détenue conjointement par toutes les CR via le holding La Boétie 
  • la participation dans Sacam Mutualisation, actionnaire à hauteur de 25 % de toutes les CR cotées ou non 
  • les capitaux propres excédentaires
  • Violation du contrat d’émission de la plupart des CCI, par les CR elles-mêmes qui se sont engagées dans ces contrats à émettre de nouveaux CCI avec droit préférentiel de souscription au profit des détenteurs de CCI, à chaque fois qu’elles émettent de nouvelles parts sociales. Ce qui n’est pas fait. Si les CR ne respectent pas les contrats d’émission, c’est qu’elles ne veulent pas donner l’occasion aux porteurs de CCI de se réunir en AG, de déposer et de voter des résolutions concernant les CCI. 

À moins que, le CCI étant tellement suranné, les CR aient fini par oublier ces clauses !

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Le Crédit Agricole devrait tourner la page [ep7]

Épisode 7

Mensonges et manipulations dans les Caisses régionales cotées du Crédit Agricole

Le groupe Crédit Agricole aime se présenter comme un champion de l’ESG. Mais lorsqu’on regarde de près les pratiques des Caisses régionales (CR) cotées, le tableau est beaucoup moins reluisant et témoigne de pratiques indignes.

  1. Au titre des mensonges, l’affirmation reprise en chœur par les CR cotées selon laquelle : « près de 90 % des résultats des CR sont conservés et réinvestis dans des projets locaux porteurs de progrès pour tous ». Si 90 % des résultats des CR cotées étaient réinvestis, le ratio CET 1 moyen des CR cotées serait stable, puisque les nouveaux capitaux propres générés par l’activité se retrouveraient en crédits aux clients, réduisant le ratio CET 1. Or ce ratio prudentiel est en croissance continue et, à 26 %, il est supérieur de la moitié à son niveau de 2017. 

Ainsi, en annonçant ses résultats du T1 2026, la CR Alpes Provence indique : « Le résultat net et l’épargne collectée de la banque sont réinvestis localement. » Avant, elle a donné le chiffre de l’épargne que lui ont confiée ses clients (27,2 Md€) et celui de ses encours de crédits (20,1 Md€). Où se retrouve l’écart de 7,1 Md€, sinon placé hors de son territoire, et non localement comme elle le proclame ?

Pourquoi affirmer quelque chose d’aussi faux depuis tant d’années ? Il n’y a rien de malsain à ce que l’épargne, générée dans un département ou une région qui ne trouve pas à s’y investir, puisse être allouée là où il y a des besoins d’investissements. Cette situation fut probablement vraie, il y a 30 ou 40 ans, mais depuis le monde a changé, et les CR cotées continuent de copier-coller des antiennes devenues des mensonges. Choquant pour des CR qui ont choisi d’être cotées en Bourse.

  1. Au titre des manipulations, pourquoi les CR provisionnent-elles leurs créances douteuses à hauteur d’environ 93 %, quand le reste du secteur bancaire se situe entre 58 % et 70 % ? LCL, pourtant dans le même groupe, est à 58 % … Les comptes de LCL ne sont pas pour autant faux.

Parallèlement, pourquoi les CR continuent-elles de passer des provisions au FRBG (fonds pour risques bancaires généraux) qui sont économiquement injustifiées (BNP Paribas et Société Générale ont cessé ces pratiques il y des décennies) ? En effet, ces FRBG sont annulés dans les comptes consolidés, ce qui montre leur caractère fictif. Les dotations au FRBG n’étant pas fiscalement déductibles, il s’agit simplement de réduire le résultat social. Ainsi la CR Normandie-Seine a réduit de 10 % son résultat net 2025 grâce au FRBG.

La réponse est qu’en réduisant artificiellement le résultat social, les CR réduisent les dividendes versés aux porteurs de CCI, ainsi que l’intéressement et la participation des salariés calculés sur le résultat social. Les salariés des CR apprécieront…