Épisode 4
Comment peut-on être mutualiste et coté en Bourse ? ? ?
On a vu la semaine passée que les 13 Caisses régionales (CR) du Crédit Agricole cotées en Bourses détenaient 1,5 fois plus de capitaux propres que leurs consœurs mutualistes des Banques Populaires, des Caisses d’Épargne ou du Crédit Mutuel pour un même volume de prêts.
Mais pourquoi 13 des 39 CR sont-elles cotées en Bourse alors que tous les autres groupes mutualistes ont progressivement retiré leurs structures de la cote (Natixis, CIC, etc.) ?
Retour à l’origine
En 1988, le gouvernement de J. Chirac privatise la Caisse Nationale du Crédit Agricole, alors organe central des Caisses régionales.
Les acquéreurs naturels ? Les Caisses régionales elles-mêmes.
Résultat : la maison mère devient la filiale de ses entités régionales. C’est l’ancêtre de Crédit Agricole SA, CASA, aujourd’hui membre du CAC 40, et 14ème entité du groupe portant son nom à être cotée.
Comment ces Caisses régionales se sont-elles alors financées ?
Trois instruments ont été utilisés :
- Les CCI – Certificats Coopératifs d’Investissement, par 15 CR
Équivalent d’actions sans droit de vote, avec :
- dividende
- droit à l’actif net
- cotation en Bourse
Ils ont été principalement placés auprès des clients et salariés, puis cotés en Bourse.
- Les CCA – Certificats Coopératifs d’Associés, par 9 CR
Mêmes caractéristiques financières que les CCI, même privation de droits de vote, mais réservés aux clients et non cotés - Les parts sociales, par toutes les CR
Titres mutualistes faisant partie des capitaux propres donnant :
- un seul droit de vote, quel que soit le nombre détenu
- une rémunération égale à un taux obligataire
- Mais sans droit à l’actif net, puisqu’elles sont toujours rachetées par les CR au prix d’émission
Pourquoi certaines CR ont-elles quitté la Bourse ?
En 2009, deux CR obtiennent leur retrait de cote pour deux raisons :
- Une incohérence philosophique
Être mutualiste et coté n’allait pas de soi aux yeux de leurs dirigeants. - Une décote massive
Les CCI se traitaient déjà avec près de 60 % de décote sur les capitaux propres comptables (elle est aujourd’hui de 75 %). Et les clients et les salariés auprès de qui beaucoup des CCI avaient été placés l’avaient mauvaise.
Pourquoi les autres sont-elles restées cotées ?
Deux CR ont ainsi pu sortir de Bourse, mais 5 autres au moins le voulaient aussi. Toutefois, cela leur a été refusé car cela aurait affaibli la solvabilité du Groupe Crédit Agricole. Mais ce n’est plus vrai aujourd’hui.
Même en retirant les 13 CR restantes, le ratio CET1 du groupe passerait de 17,4 % à 16,3 %.
Le Groupe Crédit Agricole resterait la banque la mieux dotée de toutes les banques systémiques européennes. BNP Paribas est à 12,6 %, et personne ne dit que BNP Paribas n’a pas assez de capitaux propres.