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Le Crédit Agricole devrait tourner la page [ep6]

Épisode 6

Champion de l’ESG à Paris, le Crédit Agricole est au dernier rang en province (2/2)

On a vu la semaine passée comment cela ne posait aucun problème aux Caisses régionales (CR) du Crédit Agricole cotées en Bourse de racheter, parfois frénétiquement, leurs CCI à 25 % en moyenne des capitaux propres ; alors que d’autres CR ayant émis un produit en tout point identique, le CCA, les rachètent à 80 % sur la base d’un rapport d’un expert indépendant jamais rendu public.

Voici 2 autres exemples choquants de gouvernance défaillante pour des entités cotées en Bourse :

  1. Une incitation à surcapitaliser… contre l’intérêt de l’économie française

50 % de la rémunération variable des directeurs généraux des 13 CR cotées en Bourse est indexée sur la croissance des capitaux propres comptables. Autrement dit, plus ils thésaurisent inutilement des capitaux propres, plus leur rémunération variable augmente ! On comprend mieux pourquoi le ratio CET1 moyen des 13 CR cotées est de 26 % contre 17 % pour les CR des Banques Populaires dont les DG n’ont pas cette structure de rémunération.

Comment les directeurs généraux des CR peuvent-ils agir dans l’intérêt de la Société, comme leur raison d’être leur en fait l’obligation, en cessant de congeler des capitaux propres excédentaires quand leur intérêt personnel va exactement dans le sens inverse ? 

  1. Une démocratie … de façade

Celui qui regarde le site internet des CR constate que l’on trouve toujours le texte des résolutions soumises aux assemblées générales, auxquelles les porteurs de CCI n’ont pas accès, les CCI étant privés de droits de vote. Mais que l’on ne trouve jamais le résultat des votes. Jamais. 

À force de persévérance, on peut, pour certaines CR et certaines années, trouver le PV des AG aux greffes des tribunaux. Et là, on comprend pourquoi les résultats ne sont pas donnés : c’est l’unanimité à toutes les résolutions. 

Mais comment est-ce possible d’avoir une unanimité sur les votes de dizaines de résolutions avec, par exemple, 427 413 sociétaires à la CR Atlantique Vendée ? D’autant que le rapport annuel précise bien que : « L’Assemblée générale se compose de tous les sociétaires porteurs de parts. ».

Vous vous attendez donc à ce que tous les sociétaires puissent voter en AG de la CR selon le principe : un sociétaire, une voix, quel que soit le nombre de parts sociales détenues. Vous creusez un peu. Et vous voyez qu’il n’y a eu que 166 voix d’exprimées. En fait ce ne sont pas les sociétaires, c’est-à-dire les clients, qui votent, mais des caisses locales qui s’intercalent entre eux et la CR. Et ces caisses locales ne sont là que pour capturer la démocratie affichée et obtenir cette extraordinaire unanimité. Car elles ont une substance économique à la hauteur ce qu’elles paient chacune à la CR qui tient leur service juridique, comptable et administratif : 105 € HT par an…. 

Peut-on revendiquer un leadership ESG avec de telles failles de gouvernance ?