Épisode 10
Les 3 leçons de l’AG du Crédit Agricole SA
L’AG de Crédit Agricole SA (CASA) a confirmé 3 points :
1. Vive le prix par rapport à l’actif net
Interrogé par un actionnaire sur la sous-performance boursière de CASA par rapport à ses concurrents, le DG de CASA a répondu : « Ce qui est important d’avoir en tête, c’est finalement le prix par rapport à l’actif net et pas l’évolution du cours ; et si on regarde le prix par rapport à l’actif net, CASA est la banque la mieux appréciée par le marché ». Les 13 Caisses régionales (CR) cotées du Crédit Agricole étant les dernières du classement des 191 banques européennes cotées, avec un cours de 0,25 fois l’actif net, leurs 13 DG, assis au premier rang, ont eu un excellent cours de finance.
2. Une solvabilité excellente au prix d’une gouvernance cynique
Le DG de CASA a réaffirmé que « CASA n’a pas vocation à accumuler du capital à son niveau ». En effet, ce rôle est confié aux CR ! Avec un ratio CET1 de 11,4%, contre 13,5% pour la Société Générale, CASA affiche un niveau de fonds propres inférieur à celui de ses pairs et donc une rentabilité des capitaux propres artificiellement gonflée. Heureusement pour CASA, la BCE a accepté de compter les pléthoriques sur-excédents de capitaux propres des CR dans son appréciation de la solvabilité de CASA.
Mais c’est la gouvernance qui est ainsi atteinte. En effet, ces capitaux propres des CR qui amènent la solvabilité de CASA largement au-dessus de celle de ses pairs (CET1 de 17,1%) ne rapportent aux CR que le taux du marché monétaire et non le taux de rentabilité des capitaux propres de CASA. Rien que sur ce point, c’est de l’ordre de 20% de leurs profits annuels qui est ainsi confisqué.
S’il n’y avait pas des tiers au capital des CR, ceci serait sans conséquence. Mais il y a les porteurs de CCI, ainsi lésés en toute connaissance de cause par CASA, qui se présente pourtant comme le champion de l’ESG, oubliant que l’ESG concerne aussi la Gouvernance.
3. Un sur-provisionnement massif dans les CR
Selon son directeur général, les provisions de CASA représentent environ 1,5 année de coût du risque.
La directrice financière, en élargissant au niveau de tout le groupe, soit CASA et les CR, a chiffré les provisions à 3 années de coût du risque.
Les CR représentent :
- 37% des encours pondérés du groupe
- et 57% du stock total de provisions alors qu’elles ont un coût du risque très inférieur à celui de CASA (0,22 % contre 0,35 % des encours) …
C’est dire le niveau de sur-provisionnement dans les CR !
Sont ainsi lésés :
- les porteurs de CCI,
- les salariés : moins de participation et d’intéressement,
- la Société, c’est-à-dire nous tous : moins d’impôts collectés, du capital excédentaire très mal alloué induisant moins d’investissements et moins d’emplois.
Tout ceci est indigne d’un des fleurons européens de la finance.